O comme les sourires sont crispés dans cette mairie
Pourquoi cette femme a-t-elle des cernes rouges sous les yeux ?
Et cette autre dont le regard ressemble à celui d'une bête traquée
Quel message tentent-elles de transmettre au public de passage
N'entendez-vous pas le cri silencieux de ces agents angoissés
Un être humain leur fait vivre chaque jour un enfer, mais est-ce encore un humain ?
De vous à moi tout le monde dans le bourg connaît la situation
Mais nul n'ose ou ne sait comment agir, comment les défendre
Heureusement qu'elles sont solidaires et s'appuient l'une sur l'autre
Mais leurs forces diminuent chaque jour un peu plus
Elles ont pourtant une stratégie de défense bien élaborée
Ignorer l'être malfaisant, ne pas réagir à ses provocations
Et continuer à rire, à parler, à accueillir à bras ouverts tous ceux qui passent
Sans tenir compte de ses regards lourds de colère, de ses soupirs impatients
Ne pas prêter attention à ses jérémiades et ses critiques sur les autres
Oublier même jusqu'à cette présence dans votre dos, cette surveillance de tous les instants
Il peut fouiller dans leurs affaires, porter des jugements méchants sur les autres
Il faut qu'elles ferment leurs yeux et leurs oreilles à tant de méchanceté
Et pointer du temps sa lâcheté, car il est incapable d'affronter quelqu'un en face
C'est tellement plus aisé de monter les gens les uns contre les autres
Il est passé maître dans l'art de pourrir la vie quotidienne
Et que je te pique ta place pendant que tu es à l'accueil pour que tu restes ensuite plantée comme une cruche
Et que fouille dans tes affaires pour savoir ce que tu y caches ou pour trouver matière à critiquer ton travail
Et que je me serve dans ton tiroir de fourniture de façon à ce que tu n'aies plus de crayons pour travailler
Mais encore, ça, ce n'est rien, c'est leur quotidien, pas de quoi en faire un plat
N'ya-t-il rien de pire que de faire des allusions à des dysfonctionnements dans le service
De décréter une réunion le jour où l'agent syndiqué doit s'absenter, l'obligeant à le lui rappeler
Peut-être espérait-il ainsi la décourager et lui faire lâcher le morceau
Peine perdue, mon petit vieux, elle a tenu bon, la petite, même quand tu bougonnais
Et il a bien fallu que devant sa froide assurance tu recules et changes de jour
Les deux femmes l'ont senti déstabilisé, et même si leurs coeurs battaient la chamade elles étaient fières
Fières d'avoir pour une fois réussi à le contrer, sans colère et sans pleurs
Mais leurs nerfs a une nouvelle fois été mis à rude épreuve et la journée leur a paru bien longue
Malgré la maigre consolation de voir le maire lui aussi pris à partie par ce bonhomme invivable
Il n'y a que dans cette mairie que l'on voit un employé crier sur son patron sans aucun risque
On marche sur la tête, rien de va plus, et ça bout doucement dans tous les services
Usagers de cette administration, vous n'aimez guère non plus être reçu par ce type-là
Les agents voient la grimace que vous faites quand il apparaît dans le secrétariat
Vous n'appréciez guère quand il appelle les employés depuis son bureau comme on appelle des chiens
Continuez à plaisanter avec les deux femmes qui vous accueillent d'un pauvre sourire
Vous êtes leur soutien, leur béquille, leur raison de s'accrocher à leur travail
Avec leurs proches, leurs amis et tous ceux qui veulent bien les conseiller
Mais qu'aucun élu ou usager au courant de ces faits ne s'étonnent un jour de trouver portes closes,